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Derniers ardoisiers : un métier à sauver

Autrefois florissante, l'ardoise des Hautes-Pyrénées se résume désormais à trois ardoisières faisant vivre sept personnes. Mais des pistes prometteuses existent pour relancer l'activité.

Sur le plan, un bloc noir d'une tonne et demi que la scie circulaire découpe dans un ruissellement d'eau pour laisser une tranche lisse, nette. Et c'est maintenant que tout commence vraiment. Une masse, des coins… Henri Rousse repère l'endroit le plus favorable. Marque l'épaisse dalle. Puis enfonce le ciseau pour fendre et séparer le schiste en deux plaques. Le coup d'œil, l'oreille aussi pour suivre la progression de la fissure imposée et le geste toujours mesuré afin d'éviter de tout gâcher avec ce matériau fragile… Ardoisier, ça ne s'improvise pas.

« Je suis né dedans » confirme d'ailleurs Éric Moulié, responsable de l'Ardoisière de l'Est, à Labassère, suivant d'un regard attentif l'opération qui, au final, livrera une vaste plaque de cheminée, avec un minimum de perte. Et tout l'art du métier. D'autant plus même qu'à voir les déblais marquant le paysage des carrières abandonnées de Bigorre, il n'en a pas toujours été ainsi mais qu'il faut désormais « utiliser toute l'ardoise sortie, rentabiliser au maximum ce qui est extrait de la carrière » résume Éric Moulié. Pragmatique et réaliste face à l'avenir du métier, l'âge d'or passé.

Les chiffres ? Ils sont simples. Environ 300 000 tonnes d'ardoise consommées en France chaque année pour 15 000 tonnes produites des Pyrénées aux Ardennes en passant par l'Anjou, tandis que l'Espagne, elle, sort 750 000 tonnes : l'essentiel des couvertures de toit vient désormais de l'autre côté de la frontière. « Les couvreurs reprochant également à l'ardoise des Pyrénées de blanchir en vieillissant » explique-t-il, refusant cependant « de se lamenter sur la situation. »

Qu'elles soient du marché ou de protection de l'environnement, les lois ne changeront pas : « Il faut donc s'adapter et développer de nouveaux produits » poursuit-il.

Ce qui se comprend d'emblée lorsqu'on le voit cliver à la main un petit bloc, séparer au marteau et au ciseau des ardoises de couverture. Et lorsqu'on sait qu'en une journée les meilleurs ouvriers en produisaient autrefois l'équivalent de 15 m2. à 60cents pièce aujourd'hui, chacun mesure qu'il faut donc autre chose, à côté, pour sauver ce savoir faire. Ce pour quoi plaide donc Éric Moulié : « internet a tout changé, en termes d'opportunités et contacts avec les clients. L'avenir passe maintenant par la déco et des produits finis qui vont du paillage à mettre au pied des arbres, pour les jardineries, aux dallages extérieurs et intérieurs, aux plans pour cuisines ou lavabos. » Un secteur qu'il entend développer aussi en fédérant avec ses collègues les trois dernières ardoisières derrière un même projet.

 
« Ils achètent des prix, pas la qualité »

à 72 ans, Marcel Peyrou continue a aider son fils Stéphane sur l'Ardoisière de Labassère, la plus ancienne exploitation de la petite commune bigourdane. Entré apprenti en 1952, il a repris la carrière en 1987 « pour arriver à la retraite. » à l'époque de ses débuts ? « La carrière faisait vivre tout le secteur, il y avait 120 bonhommes qui y travaillaient lorsque j'y ai été embauché. J'avais 14 ans et l'apprentissage se faisait alors en trois ans. Tout se faisait à la main et un bon ouvrier vous sortait 700 voire 800 ardoises jour pour les meilleurs car on ne produisait que de l'ardoise de couverture. » se souvient-il.

Maintenant ? « On en fait très peu », son fils restant seul à faire tourner l'ardoisière. Et d'expliquer : « il y a trop de manutention et nous devons faire face à la concurrence, surtout espagnole. Quand l'Espagne a commencé à produire, dans les années 70, les ardoises sont arrivées à moitié prix. Ils nous ont cassé le marché d'un coup car vous comprenez, les gens, ils achètent des prix, ils ne regardent pas la qualité. Et puis quand ça a commencé à se tasser avec l'Espagne, est sortie l'ardoise synthétique.

Les représentants ont vendu des poulets pour des lapins : ça ne valait rien, ça ne durait pas comme nos ardoises qui font 80 ans minimum, mais il a fallu 10 ans pour s'en apercevoir et le mal était fait. Aujourd'hui, le plus intéressant, c'est donc de travailler les plaques, faire de la décoration ce qui valorise plus le schiste. »

 
Des ardoises de Labassère pour le Capitole et jusqu'en Angleterre

Grand homme de l'âge d'or du marbre à Bagnères de Bigorre, Léon Géruzet est aussi le directeur du comité des Ardoisières de Labassère, au XIXe siècle… et en ce temps-là, l'ardoise bigourdane « qu'il ne faut pas confondre avec l'ardoise des Pyrénées de qualité médiocre » se classe médaille d'argent à Paris, en 1878, ayant « soutenu avec avantage la comparaison avec les ardoises les plus réputées. »

De fait… « Tables de billard, urinoirs, tablettes, tableaux d'école, escaliers, bordures, carrelages, caisses d'oranger ou terrasses »… «grâce à l'admirable fissilité de la roche schisteuse de Labassère, on peut donner à l'ardoise une surface absolument plane, sans stries ni imbrications qui retiennent les eaux pluviales, favorisent la naissance des végétations et provoquent la décomposition des ardoises » souligne la « réclame » d'époque. Autant de « qualités remarquables » qui font que « les carrières de Labassère sont exploitées depuis un temps immémorial » mais sont aussi « appréciés par les architectes constructeurs les plus éminents », tel Viollet le Duc.

Exportées jusqu'en Angleterre et dans le nord de la France, elles seront également utilisées par le génie militaire « à Tarbes, Montauban et par le service de l'artillerie à Toulouse » ainsi que par divers constructeurs « à Dijon, Bourges, Chambéry, Blois, Poitiers » et pour « des couvertures du Capitole et de l'Archevêché de Toulouse », la cité de Carcassonne ou la faculté de médecine de Lyon.

 
Le chiffre: 300

tonnes> an. C'est ce que produit l'Ardoisière de l'Est, en moyenne, dont la moitié pour la couverture. Le marché français consomme pour sa part environ 300 000 tonnes d'ardoise chaque année.

«Il y a trop de manutention et nous devons faire face à la concurrence, surtout espagnole.»

Marcel Peyrou, ardoisier entré dans le métier en 1952, époque à laquelle l'ardoise de couverture représentait l'essentiel de la production des ardoisières en Bigorre.

 

 

Source: ladepeche.fr, publié le 04/01/2011 par Pierre Challier

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